Cameroun : controverse après une intervention de l’armée qui fait 14 morts

Quatorze «terroristes» dont onze hommes et trois femmes ont été neutralisés dans le Nord-Ouest du pays au cours d’une «importante opération de ratissage» selon le Ministère de la Défense, tandis que des sources locales dénoncent la mort de «civils» venus à une fête culturelle.

Par Danielle Onguéné

Aux premières heures du dimanche 26 avril 2026, l’armée camerounaise mène une opération musclée dans la petite localité de Dzerem Nyam située dans l’arrondissement de Jakiri en région anglophone du Nord-ouest. Objectif de la mission secrètement confiée au Bataillon d’Intervention rapide (BIR) : «neutraliser de dangereux terroristes de diverses factions réunis sous le commandement du pseudo général Capo pour préparer des attaques violentes à exécuter dans la région» selon le porte-parole du Ministère de la Défense (MINDEF), le colonel Cyrille Serge Atonfack Guemo. Mais tout ne se passera pas comme prévu sur le terrain. 

«A l’approche de la section d’infiltration, des terroristes lourdement armés ont ouvert un feu nourri pour stopper leur progression. La riposte de l’armée a permis de les mettre hors d’état de nuire» lit-on dans un communiqué publié le 30 avril 2026 par le Ministère de la Défense. Le bilan affiche selon la même source de nombreuses armes de guerre saisies, du matériel mobile et «11 terroristes de sexe masculin neutralisés, tous affublés de grades et appellations diverses, dont les pseudos colonel Smart, commandant Hassan et commandant Fakui, tous aux ordres du pseudo général Agumou». 

«Le pseudo commandant Fireman de Kikaïkom (arrondissement de Kumbo, département du Bui), aux ordres du pseudo général Capo et le pseudo commandant Dangote, artificier-poseur d’Engins Explosifs Improvisés (EEI) au bilan lourd dans la région» sont également neutralisés aux côtés de «trois terroristes de genre féminin aux ordres du pseudo général Capo», poursuit le communiqué du MINDEF.  

«Tout a été vérifié au cas par cas»

Si les morts ne font pas de doute après cette opération, l’identité et le portrait de «terroristes» engagés sous les drapeaux séparatistes feraient problème selon des sources locales qui dénoncent sur les réseaux sociaux la mort de «civils venus assister à une fête culturelle» et non pas à un regroupement de dangereux combattants irrédentistes. Contactée par la rédaction de L’Urgence, une source militaire proche du dossier botte cette version en touche et jure que «tout a été vérifié au cas par cas».

Toutefois, faut-il le rappeler, il est arrivé que l’armée camerounaise qui combat les séparatistes depuis dix ans dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest évolue dans sa communication après une opération de cette nature, lorsque des dénonciations s’avèrent sur la mort des civils. Ce fut le cas en 2020, après le massacre de 21 civils le 14 février dans la localité de Ngarbuh dans le Nord-Ouest. Trois militaire reconnus «coupables de meurtres, incendie, violences sur femmes enceinte et violation de consignes» ont été condamnés par le Tribunal militaire le 19 février 2026 à des peines de prison allant de cinq à dix ans. De leur côté, les groupes armés séparatistes qui évoluent en roue libre dans la violence sans aucune pudeur pour la dignité humaine ont souvent été épinglés par des organisations internationales pour les nombreux crimes commis sur des civils dans les régions anglophones.

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