Attaques au Mali : les quatre vérités de Souleymane Koné

En retrait depuis deux ans des projecteurs, l’ancien ambassadeur du Mali en Mauritanie sous le régime du président Amadou Toumani Touré et ancien conseiller spécial de l’ex-Premier ministre Choguel Maïga est sorti de sa réserve après les attaques inédites des groupes rebelles et djihadistes ayant entraîné la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara.                                                                                                              

 

                                                                                                                                                                              Par Njiki Fandono

Samedi 25 avril 2026, le Mali est attaqué. Ce n’est pas une première, car le pays vit une crise sécuritaire depuis plus d’une décennie. Sauf que cette fois-ci, les attaques sont complètement différentes de par leur ampleur et leur fulgurance. Les villes de Bamako, Mopti, Kidal, Gao, Sévaré sont prises d’assaut par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) affilié à Al-Qaïda, en coordination avec les rebelles touarègues du Front de libération de l’Azawad (FLA) ; une coalition politico-militaire fondée en 2024 à Tinzaouatène près de la frontière algérienne et qui revendique l’indépendance de l’Azawad au Nord du Mali.

Fait encore plus rare dans cette offensive inédite, la très stratégique localité de Kati, siège de la junte au pouvoir est tout aussi lourdement attaquée. Les domiciles de hauts gradés de l’armée et membres du gouvernement d’Assimi Goïta sont pris pour cible. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, numéro 2 du régime et son épouse sont tués, de même que d’autres personnalités. Une crise majeure qui a fait sortir de sa réserve Souleymane Koné, l’ancien conseiller spécial de l’ex-Premier ministre de la transition, Choguel Kokalla Maïga, en disgrâce avec la junte et embastillé pour «atteinte aux biens publics».

Souleymane Koné qui a été joint lundi par la rédaction de L’Urgence depuis Bamako a d’entrée de jeu rendu un vibrant hommage au défunt ministre de la Défense. «Sadio Camara était très engagé et accessible. Sa mort a choqué l’ensemble des Maliens. Le pays avait confiance en lui», a-t-il déclaré avant d’indiquer qu’un calme relatif régnait dans la capitale et à Kati où les populations vaquent progressivement à leurs occupations. Mais au-delà de l’émoi qui secoue le Mali, les Maliens sont nombreux à s’interroger : comment en est-on arrivé là, alors que les militaires arrivés au pouvoir par coup d’Etat avaient fait de la sécurité leur principal cheval de bataille et ont signé des accords importants avec la fédération de Russie qui a déployé l’Africa Corps sur le terrain ?

Dialogue politique d’urgence

«Je pense qu’il y a eu des erreurs. La coalition civile et militaire qui servait de cadre de discussion a éclaté avec le départ de Choguel Maïga. Le climat politique a été totalement dérouté. Que l’on aime les partis politiques ou pas, ils ont leur rôle à jouer et de nombreux Maliens se reconnaissent en eux», regrette Souleymane Koné. Ce diplomate à la retraite et ancien ambassadeur du Mali en Mauritanie sous le président Amadou Toumani Touré qui s’était éloigné depuis deux ans du terrain politico-administratif de son pays déplore un «vide» créé par la dissolution pure et simple des partis politiques par la junte. En violation des termes des assises nationales de la refondation organisées en 2021 avec la participation de plus de 84 000 Maliens depuis les communes jusqu’au niveau national ; y compris les Maliens de l’extérieur. «Ces assises avaient recommandé la réduction du nombre des partis politiques et non pas de les dissoudre», déplore Souleymane Koné.

Pour sortir aujourd’hui de cette spirale d’insécurité aux sources multiples qui mine le Mali, le diplomate est convaincu qu’il faut «un dialogue politique d’urgence». En plus dudit dialogue qu’il faudrait relancer en réinstaurant le cadre politique, Souleymane Koné, dit Solo Koné, prône «la paix entre le Mali et tous ses voisins». Il pense notamment à l’Algérie avec qui les rapports sont particulièrement tendus, au Sénégal, la Côte d’Ivoire et la Mauritanie. Sera-t-il entendu par les militaires qui tiennent le pouvoir d’une main de fer à Bamako ? Les prochains jours apporteront peut-être une réponse, au moment où les forces armées maliennes se battent encore pour repousser les djihadistes du Jnim et les rebelles du FLA qui déclarent avoir le contrôle dans certaines villes du Nord.  

 

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