INUTILE DE TIRER SUR MIREILLE FOMEKONG PARCE QU’ELLE A DIT QUE «PAUL BIYA EST UN HOMME BÉNI»

Si le président au pouvoir depuis quatre décennies n’est pas forcément «béni» au regard des crises sociopolitiques et sécuritaires que traverse son pays, il est au moins un homme des circonstances favorables. Évocation.

Par Njiki Fandono

Mireille Fomekong, PDG de l’agence de communication Ascèse réputée proche de Samuel Eto’o a été prise en grippe pour avoir écrit sur son compte Facebook que «Paul Biya est un homme béni par le Seigneur», faisant référence à une «exceptionnelle tenue à cet âge…» du dirigeant nonagénaire. Au regard de la situation sociopolitique et sécuritaire du pays, le tollé déclenché par les propos de cette communicatrice peut avoir de la matière. Mais pas tant que ça, si l’on scrute attentivement la contribution constante du destin pour sortir le chef de l’État des situations pas toujours confortables.

En effet, il suffit que Paul Biya soit au plus bas politiquement et médiatiquement pour qu’un évènement surgisse au plan national ou international pour lui servir de vent favorable. La dernière actualité en date en est une illustration parfaite.

Paul Biya est parti du Cameroun le 7 juin 2026 pour Genève pour un «court séjour privé». Mais officieusement pour des raisons médicales dont le très célèbre magazine Jeune Afrique s’est fait l’écho dans un brouillard épais, frappé du sceau de l’omerta sur la santé du chef de l’État, laissant le boulevard libre aux interprétations diverses.

Dans les réseaux sociaux, laboratoire par excellence des vérités approximatives ou fausses, Paul Biya est quasiment donné pour mort. Morceaux choisis : «Il ne reviendra plus sur ses deux jambes», «il est couché à l’hôpital dans un état inconscient», «il est sénile et paralysé», «c’est fini !» etc. Les vues explosent, la psychose flambe. Les communications des membres du gouvernement impopulaires qu’ils sont pour la plupart sont débordées par l’inflation des rumeurs. C’est la confusion totale. Une de plus pour enfoncer dans l’opinion le président de 93 ans réélu dans la controverse en octobre 2025 pour un huitième mandat d’affilé.

Sur ces entrefaits défavorables à «l’homme lion», se produit un évènement inattendu qui viendra non seulement lessiver les rumeurs folles mais surtout, permettre au président «fantôme» de réapparaître sous un beau jour. Les Lionnes Indomptables du Cameroun remportent la CAN féminine de football au Maroc. Un miracle pour ce pays éliminé pendant les qualifications mais repêché par la CAF.

Pour Paul Biya et le Cameroun, c’est tout naturellement du pain béni. Sa descente d’avion pour son retour à Yaoundé après 73 jours d’absence est soigneusement scrutée à travers le monde. Le protocole d’État et la CRTV surjouent la scène. Le mystère d’un président prétendument «paralysé» par la rumeur et «incapable de se tenir sur ses deux jambes» est levé en mode teasing après la diffusion d’une photo unique, montrant Paul Biya qui serre la main à son Premier ministre à sa descente d’avion à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen.

Sur l’image, le chef de l’État est bien debout. Un premier camouflet contre la rumeur et la désinformation. Certains, par scepticisme abusif ou malveillance y voient un «montage rendu possible par l’intelligence artificielle». Ils seront cloués par la cérémonie de présentation du trophée de la CAN au palais de l’unité.

Certes, Paul Biya est apparu physiquement diminué et aidé hors caméras pour se déplacer, mais il n’était pas sur un fauteuil roulant. Il a lu son discours étant debout, sur ses deux jambes. En toute lucidité, il a échangé avec quelques personnes dont le premier ministre, Joseph Dion Ngute. Et l’épisode des vents favorables ne s’arrête pas là.

Crise post-électorale de 2018

Après la présidentielle d’octobre 2018, l’opposant Maurice Kamto conteste les résultats qui donnent officiellement Paul Biya vainqueur. Le président du Mrc organise des «marches blanches» au Cameroun. Celles-ci sont vite réprimées par les autorités. En Europe, notamment en France et en Allemagne où résident de nombreux Camerounais farouchement opposés au régime, les ambassades sont saccagées et Paul Biya déclaré «persona non grata» en diaspora par une horde d’activistes furieux qui opèrent sous la bannière de la «brigade anti-sardinards».

Les membres de cette organisation traquent le président sur le territoire européen, perturbent ses séjours en Suisse, à tel point que le vacarme des manifestations violentes déborde les rives du lac Lehmann et attire l’attention des autorités helvétiques.

L’entrée en jeu du COVID-19

À Yaoundé, la menace est prise au sérieux. Le protocole d’État se réinvente. Les voyages du président qui jadis s’accompagnaient des roulements de tam-tam au départ comme à l’arrivée du couple présidentiel sont tenus secrets et la délégation officielle réduite au stricte nécessaire pour ne pas attirer l’attention d’une cuvée d’activistes déchaînés. Le calvaire ne sera pas de très longue durée pour Paul Biya qui a ses habitudes à Genève depuis son arrivée au pouvoir le 6 novembre 1982.

Là encore, un évènement imprévu viendra refroidir les manifestants politiques qui faisaient foule en Occident contre le président camerounais : le COVID-19. La planète entière sera confinée et toutes les activités tourneront au ralenti, à commencer par les mouvements de personnes. Paul Biya homme chanceux, béni, chacun peut y aller de son interprétation mais la crise sanitaire mondiale du COVID-19 aura permis au président camerounais de souffler et de reprendre plus tard ses voyages à l’étranger sans être pourchassé par ses compatriotes activistes avec la même violence.

  

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