Crise anglophone : «une entreprise de prédation basée sur le pillage et le sang»

Dix ans après les revendications corporatistes qui ont dégénéré en conflit armé entre les mouvements pro-séparatistes et l’armée camerounaise, le porte-parole du ministère de la Défense salue la résilience des forces de défense et de sécurité dans son éditorial du 17 octobre 2026. Pour le colonel Cyrille Serge Atonfack Guemo, l’entreprise irrédentiste était préparée depuis des années avec des soutiens multiples. Il fustige la criminalité des groupes armés qui sèment la terreur au sein des populations et questionne le projet d’émancipation dont ils se disent porteurs. Lisons.

 

 «Octobre 2016 – Octobre 2026, forte résilience sécuritaire du Cameroun

Au mois d’octobre 2016, et au détour de revendications corporatistes portées par des avocats, l’on assistait à l’irruption d’une vague de violences armées aveugles dans nos régions administratives du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le mouvement insurrectionnel présenté comme spontané se prétendait alors séparatiste. Deux qualificatifs mensongers visant juste à recouvrir d’un vernis de crédibilité, une entreprise de prédation basée sur le pillage et le sang.

L’on ne saurait en effet qualifier de spontané l’usage des armes à feu par des groupes manifestement structurés agissant en parfaite coordination, bien que géographiquement éloignés les uns des autres. Le fait résulte d’une préparation minutieuse étalée sur plusieurs années en termes de préméditation et de construction de réseaux de soutiens multiples. Il aura aussi fallu du temps pour la structuration d’une hiérarchie, pour l’endoctrinement, la formation et l’équipement des adeptes, pour ne citer que ces seuls préalables.

La prétention émancipationniste n’a pas non plus résisté à l’épreuve des faits. Comment peut-on en effet libérer des populations auxquelles l’on interdit l’exercice de toute activité existentielle ? Est-il seulement possible de conduire à la prospérité des populations que l’on afflige par le pillage et la dépossession des ressources ? Des populations dépeuplées par le meurtre, saignées à blanc par le rançonnement, interdites de soins de santé par la destruction des structures sanitaires et l’assassinat des praticiens, et priver une jeunesse plongée dans les ténébreux abysses de l’ignorance, par l’incendie des écoles ?

Décidément, l’on ne saurait faire le bonheur de populations que l’on contraint à l’exode, des hommes et des femmes jadis fiers et autosuffisants, du jour au lendemain réduits à mander leur pitance dans d’illusoires campements, loin de leurs terres ancestrales. L’on ne saurait valoriser la gent féminine, lorsque femmes et jeunes filles sont victimes d’atteintes sexuelles et, sans vergogne, physiquement et moralement soumises à un esclavage à tout le moins déshumanisant.

Un autre pan de cette tragique imposture maquillée en aspiration à l’émancipation est la liberté d’expression. Ce droit du citoyen serait-il seulement envisagé par ceux-là même pour qui la moindre divergence d’opinion équivaut à un arrêt de mort, suivi d’une exécution capitale ? Si oui, comment justifier l’assassinat de personnalités dont le crime est d’avoir appelé au dépôt des armes, à la cessation des violences et au retour à la légalité constitutionnelle ?

A l’heure où la question se pose d’une plus grande inclusion des compatriotes établis à l’étranger dans nos projets de développement, l’on se serait attendu à voir ces fortunés patriotes capables de lever des armées, plutôt orienter leurs immenses ressources financières vers la consolidation du tissu économique, au bénéfice de ces populations qu’ils prétendent tant aimer. A moins de nous faire croire que les malheurs de leur propre peuple, malheurs dont ils sont les auteurs, que ces malheurs, disions-nous, seraient pour eux, des sources d’enrichissement.

Tout porte d’ailleurs à le faire croire. Notamment, la sécurité physique et juridique dans les pays étrangers, le train de vie qui crache l’opulence, le prestige des établissements scolaires fréquentés par la progéniture. Tout le contraire des calamités déversées sur nos populations. Autant de signes qui trahissent la véritable intention égocentrique cachée derrière le discours altruiste. Les fauteurs de désolation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ne sont rien d’autre que d’apprentis potentats, juste désireux de régner sur des territoires d’anomie à la merci de leurs insatiables appétits.

Nos populations n’en sont pas dupes. Les jours de l’impitoyable imposture sont ainsi comptés.

Sachons rester vigilants, sachons demeurer patriotes, sachons définitivement aimer le Cameroun. /-»

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *