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LA PUISSANCE DE L’AFRIQUE VIENDRA-T-ELLE DE L’INTERIEUR OU DE L’EXTÉRIEUR ?

 

Par Rodrigue Kiki, Expert en développement social

La problématique n’est pas que les autres exploitent les ressources de l’Afrique, mais plutôt, pourquoi nous sommes incapables de le faire nous-mêmes. La question est pourquoi sommes-nous si dépendants de l’extérieur (99% des médicaments vendus dans nos pharmacies viennent de l’extérieur) alors que nous avons TOUT ? Croire ou penser l’inverse, c’est déplacer le problème. La trajectoire de l’Afrique dans le monde me fait penser à la parabole des talents de Jésus Christ, notamment la situation du 3e serviteur qui enterra ses talents au lieu de les fructifier. Qui va expliquer à mes frères africains (qui raisonnent avec le cœur. Je peux les comprendre compte tenu de ce que l’Afrique a subi et continue de subir) que la force ou la faiblesse, ainsi que le développement et le sous-développement sont d’abord et avant tout des processus internes, qui empruntent aux mentalités, à la psyché, aux perceptions et systèmes de représentation, à l’éthos, à la socio culture, aux valeurs… ? Qui dira à mes frères que L’AUTRE n’est un problème pour nous que parce que nous sommes faibles ? La vulnérabilité d’un expert d’arts martiaux (face aux agresseurs) n’est pas identique à celle d’un non expert. Or, l’expertise dans les arts martiaux comme dans tout autre domaine de la connaissance est un processus interne. On peut certes blâmer l’agresseur d’être un agresseur et d’avoir choisi les chemins tortueux pour vivre, mais que reste-t-il à faire si on ne peut pas le changer ? La seule solution est de renforcer ses capacités d’auto-défense et non pas, de chercher un protecteur permanent dont la rémunération à terme deviendra une vraie spoliation, car celui-ci fera tout pour rendre sa présence indispensable.

A l’échelle d’un pays, le développement des capacités d’auto défense et d’auto protection, relève du :


1. Le comblement des gaps en matière d’alphabétisation, de formation technologique, d’innovation, de sorte à être capable d’exploiter nos propres ressources (cela prendra au moins 50 ans d’investissements massifs ininterrompus. Il faudrait pour cela une classe politique stable et visionnaire). Plusieurs pays d’Asie doivent leur prospérité aux investissements en matière d’éducation.

2. Le comblement des gaps en matière d’infrastructures de télécommunications et de transport. Leur impact dans la prospérité économique est décisif et a été démontré par plusieurs prix Nobels d’économie. Par ailleurs, ils jouent un rôle important dans le projet de renaissance culturelle africaine, car ils favorisent la diffusion des idées et des connaissances.

3. La résolution de la question du dividende démographique. La démographie est un élément clé de puissance économique (force de consommation et de production), et de puissance tout court. Mais, elle doit être en qualité et non en quantité. Cette deuxième variable est liée à la première et dépend fortement de la socioculture ou des mentalités (il faudrait au moins 30 ans ininterrompus de diffusion de paradigmes nouveaux au sein des populations permettant de nuancer le pronatalisme). La Chine et l’Inde ont fait face à ce problème. Ils ont fait le choix de la qualité par pur pragmatisme et objectivité.

4. La résolution de la problématique de la gouvernance et de l’Etat de droit, de sorte que le système sécrète naturellement et mécaniquement le sentiment de JUSTICE et d’HARMONIE auprès de TOUS. Ceci suppose que les choses du bas instinct telles que : le tribalisme, les exclusions, la corruption et l’enrichissement sans cause, les fraudes de toute nature, l’arbitraire, l’indiscipline, l’incivisme, la gabegie, etc. devront être considérablement atténuées. Tout ceci infère une révision de la socio culture et des schémas directeurs de la pensée. Plusieurs pays de l’Afrique australe et de l’Est ont engagé cette révolution avec un grand succès.

5. Le développement de la solidarité et des dynamiques unitaires et fraternitaires au sein de la nation et entre les pays africains. Cette variable est fortement corrélée à la précédente. En effet, un système stable qui produit la justice et l’harmonie est susceptible de renforcer la solidarité nationale. Ce qui n’est pas le cas d’un système qui, quoique stable, produit l’injustice et la dysharmonie. Le Cameroun en est la parfaite illustration. Une Afrique unie aurait empêché le projet de l’OTAN en Lybie.

– Etc.

Notre sécurité individuelle et collective dépend de notre capacité à réaliser ces exigences macro systémiques, car la sécurité n’est pas la cause de la force, mais la conséquence.

En fonction de la situation particulière de chaque pays, les leaders établiront les priorités. Quelques exemples : Les gouvernements successifs du Cameroun ont investi (même s’ils pouvaient mieux faire) sur l’éducation et la formation. La priorité pour ce pays demeure la gouvernance. L’amélioration substantielle de sa gouvernance interne lui permettra de faire des bonds économiques prodigieux et de renforcer ses capacités d’auto défense (y compris militaire et stratégique) face à l’ennemi extérieur qui rode. Au Niger, en RCA, au Burundi, au Tchad… La priorité demeure l’éducation.

Parallèlement, des dynamiques panafricaines (des sociétés civiles et des Etats africains) qui nuanceraient les nationalismes chauvins (forcément imbéciles) devraient être déployées pour cimenter et consolider ces mouvements de structuration interne.

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