Le ministre des Transports présidera une réunion ce dimanche 23 août 2026 à Yaoundé pour essayer de répondre aux revendications des syndicats qui comptent garer les véhicules dès lundi sur toute l’étendue du territoire.
Par Marole Akamba
C’est reparti pour un tour entre les transporteurs routiers et le gouvernement, habitués qu’ils sont à un jeu des nerfs ces dernières années. Pour éviter que les premiers ne mettent à exécution leur préavis de grève annoncée à compter du 24 août 2026 sur toute l’étendue du territoire national, le ministre des Transports a été mandaté par le chef du gouvernement pour présider ce dimanche à Yaoundé, une réunion de concertation avec les organisations socio-professionnelles concernées.
Il sera question de répondre aux nombreuses préoccupations des syndicalistes qui accusent le gouvernement de faire la sourde oreille après un premier préavis de grève servi il y a deux semaines.
Réunis à Douala la capitale économique le 19 août 2026, seize syndicats – CGSTC, SYNESTER, SYNCRURPICAM, UNCPC, SCTRC, SYNTRAPTCAM, SNCP PLC, SYNCOPHYCAM, SNCRC, SYNCPROTCAM, FOSAT, SYNATROCAM, OPSTAC, UNCPC, REPTROC, SNTRC – dénoncent plusieurs décisions des pouvoirs publics qui contribuent à «fragiliser et affaiblir la profession de transporteur routier».
Ils pointent du doigt les dispositions du Décret du 10 octobre 2022 fixant les conditions d’accès aux professions de transporteur routier et d’auxiliaire de transport routier, et les effets préjudiciables du Décret du 16 juillet 2025 qui transforme le Conseil national des chargeurs du Cameroun (Cncc) en société à capital public.
Le Décret du Premier Ministre signé en 2022 a aussi été passé au scanner. Les syndicalistes y dénoncent la création d’une nouvelle catégorie de transporteurs qui ne figurent pas dand la loi du 23 juillet 2001 régissant les professions de transporteur routier et d’auxiliaire des transports routiers.
Un autre décret qui fait problème, celui du Président de la République signé le 16 juillet 2025, notamment son article 11(1), qui stipule que «les ressources du Conseil national des chargeurs du Cameroun sont constituées du quart du produit généré par la délivrance des documents obligatoires de transport, notamment la lettre de voiture internationale et la lettre de voiture intérieure». Une anomalie selon les transporteurs qui y voient un mode de financement d’une institution publique par le secteur privé, et une confusion entre le transporteur et le chargeur.
Dans le même décret, l’article 20 du texte prévoit que le Conseil national des chargeurs du Cameroun continue d’exercer ses missions jusqu’à la mise en place effective de la société à capital public. Aurant d’incompréhensions pour les transporteurs, car les prérogatives dévolues au nouveau Cncc sont d’ores et déjà exécutées sur le terrain sans attendre la finalisation du processus de transition vers la société à capital public.
Tracasseries et rackets
En dehors des textes réglementaires qui posent problème, les professionnels du transport routier soutiennent que les bailleurs de fret ne doivent plus transporter leurs propres marchandises. Ils s’offusquent de «l’ingérence de l’État dans les activités des transporteurs» et accusent le Cncc de défendre uniquement les intérêts des chargeurs. Ils fustigent les «contrôles répressifs et les patrouilles mixtes effectués par les agents du Ministère des Transports», qualifiés de «fonds de commerce et source de rançonnement officiel des usagers».
Il faut ajouter à ce chapelet de griefs «le paiement du péage sur des routes dégradées, les coulages fantaisistes et la pesée des camions citernes qui génèrent des amendes et des disparités au chargement/déchargement, le racket systématique des camionneurs dans les zones anglophones, la maltraitance des camionneurs en attente de chargement au niveau de la Société Camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp), au Port autonome de Douala (Pad), ainsi qu’au Port autonome de Kribi (Pak)».
Les transporteurs décrient également le corridor Douala-Djamena qui compte à lui seul, 48 postes de contrôle, la zone anglophone frontalière avec le Nigeria enregistre 42 postes de contrôle (Ekok- Mundemba). «C’est devenu un calvaire pour les conducteurs qui subissent des tracasseries à chaque kilomètre», déplorent-ils. Il y a aussi la pluralité des contrôles mixtes (Ministère de l’Administration territoriale) à rationaliser, les désagréments causés par les pelotons routiers motorisés, et la pose des sabots sur les véhicules en panne entre autres.
Trois préalables pour lever le mot d’ordre de grève
Dans un élan de flexibilité, la plateforme des syndicalistes se dit favorable aux contrôles des camions en transit uniquement, aux check-points conventionnels, à la rationalisation effective des contrôles routiers et l’extension de la Convention collective nationale des transports routiers. C’est dire si le ministre des Transports a du pain sur la planche.

