Site icon L'Urgence

Cameroun : Le capitaine Effoudou a-t-il menti au sujet de Ferdinand Ngoh Ngoh et d’un ambassadeur français ?

Aucun haut diplomate supposé être en poste à l’ambassade de France au Cameroun au moment des faits allégués n’aurait entendu parler des accusations attribuées à l’actuel Secrétaire général de la présidence de la République contre Paul Biya dans un café à Yaoundé, tel que rapporté par l’ancien chef du renseignement à l’état major particulier du président camerounais.

Par Njiki Fandono

Paul Biya est en séjour privé à Genève depuis le 7 juin 2026 pour des raisons de santé pas officiellement confirmées par les autorités. Dans l’attente de son retour, les soutiens du chef de l’Etat âgé de 93 ans enchaînent les sorties médiatiques. Objectif : vendre l’image d’un président quasi-centenaire qui selon eux, travaille d’où qu’il se trouve et solder la surenchère politique autour d’une vacance du pouvoir impuissamment évoquée par l’opposition sans véritable moyen de droit, tant la constitution en vigueur n’impose aucune limite au séjour présidentiel à l’étranger.

Le pays semble bien tenu à cet égard, le chef de l’État tiendrait lui-même les commandes et les institutions fonctionnent normalement. Sauf que depuis Paris, un ex-officier de l’armée en disgrâce et ancien chef du renseignement à l’état major particulier de Paul Biya sème la controverse depuis la semaine dernière avec une série de révélations troublantes, les unes après les autres.

«Fatigué et paresseux»

Dans une interview accordée au journaliste Morgan Palmer dans le cadre de son émission Masterclass diffusée sur sa chaîne Youtube, le capitaine Romuald Effoudou, affecté en 2020 à l’état major particulier du président de la République avant d’être révoqué des forces armées le 25 juin 2026 pour des motifs liés entre autres à l’éthique et la discipline, ouvre son revolver et tire froidement sur le tout-puissant Secrétaire général de la présidence de la République en poste depuis quatorze ans, un record.

«Dans le café le Famous à Yaoundé, Ferdinand Ngoh Ngoh a dit à l’ambassadeur de France que Paul Biya était fatigué et qu’il était un paresseux […] qu’il faisait le travail seul à la Présidence de la République». La charge est forte, mais pas assez pour Romuald Effoudou qui poursuit en indiquant que Ferdinand Ngoh Ngoh «avait demandé à l’ambassadeur de France le soutien de la France et de l’Union européenne» dans une perspective de succession. «Faux», répond sèchement un ancien ambassadeur contacté par L’Urgence et haut diplomate français en service à l’ambassade de France au Cameroun au moment où les faits allégués se seraient déroulés.

Bien plus, la même source reconnaît avoir rencontré Ferdinand Ngoh Ngoh au restaurant le Famous, mais que leurs échanges n’avaient rien à voir avec les propos et les accusations prêtées au Secrétaire général de la présidence de la République.

Dans une atmosphère de fin de règne où des clans s’affrontent pour la succession de Paul Biya et attendent impatiemment la nomination d’un vice-président de la République, il va sans dire que les déclarations du capitaine Romuald Effoudou sonnent comme une balle logée en plein cœur de Ferdinand Ngoh Ngoh qu’il accuse également d’être derrière les arrestations des opposants, de tentative de coup d’Etat et plus récemment encore, d’avoir «commandité» l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Le gouvernement n’a pas fait de sortie sur ces révélations qui agitent les médias et le lenderdeau politique camerounais.

Quitter la version mobile