Politiquement affaibli depuis son exil en Gambie suite à la crise post-électorale qui a fait des dizaines de morts en 2025 selon les autorités camerounaises, le principal challenger de Paul Biya à la dernière présidentielle multiplie – sans succès – les stratégies pour remobiliser une masse populaire devenue sourde et moqueuse.
Par Njiki Fandono
Issa Tchiroma Bakary n’était pas forcément préparé ni attendu au niveau de performance électorale qu’il a atteint à la présidentielle d’octobre 2025. L’ancien membre du gouvernement avait profité du vide laissé par le rejet controversé et définitif de la candidature de Maurice Kamto le président du Mrc le 5 août 2025 par le Conseil constitutionnel, confirmant la décision d’Elecam, l’organe en charge des élections au Cameroun. Officiellement, le président du Fsnc a fini deuxième (35%) derrière Paul Biya (53,66%) selon les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel.
Non content de ce résultat avant même sa proclamation par Clément Atangana le président du Conseil constitutionnel, Issa Tchiroma dont la candidature avait été portée par une vague populaire inédite et qui avait bénéficié du soutien de l’Union pour le changement2025 de ses alliés Anicet Ekanè et Djeukam Tchameni avait engagé une résistance contre le régime de Paul Biya, depuis son fief de Garoua dans le Nord du pays. Sa résidence fut encerclée et gardée par des hommes en tenue et en civil armés jusqu’aux dents.
Dans les rues, de Garoua à Douala en passant par Yaoundé, Dschang, Bafang, Kousserie, N’gaoundéré, Maroua etc, des opérations « ville morte » sont lancées par l’opposant qui revendique la victoire en publiant ses propres résultats sur ses réseaux sociaux, bureau de vote par bureau de vote. Un affront selon Yaoundé qui, sans hésitation, va déployer l’armée dans les grandes villes pour mâter la révolte et prévenir toute velléité insurrectionnelle. Progressivement, le régime reprit le contrôle de la situation tout en accentuant la pression sur Issa Tchiroma Bakary et ses lieutenants.
Anicet Ekanè – décédé en détention en décembre 2025 – et Djeukam Tchameni sont arrêtés à Douala et déférés à Yaoundé où ils seront incarcérés. Issa Tchiroma quant à lui, prendra mystérieusement la fuite. Après un court séjour au Nigéria voisin, celui qui signe désormais ses documents sous la casquette du « président élu » de la République du Cameroun sera annoncé en Gambie, où les autorités lui ont accordé l’asile humanitaire avec son épouse mais depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous le pont.
Retour annoncé dans le flou
Son appareil politique le Fsnc est fragilisé par des querelles internes et l’ancien ministre de la Communication est critiqué par ceux qui l’ont soutenu hier. À l’instar de Calixthe Beyala. La célèbre écrivaine n’est pas passée par quatre chemins lors d’un live Tiktok début mai pour exprimer sa déception depuis que Issa Tchiroma s’est exilé à Banjul. Elle dénonce un manque de courage et d’actions fortes qui reconnecteraient selon elle le peuple qui a soutenu le candidat de l’Union pour le changement2025, tant ses stratégies pour essayer de remobiliser les foules sont sans succès.
La preuve, ses multiples appels aux Camerounais à ébruiter les casseroles chaque samedi soir à partir de 20h sont restés inaudibles et les commentaires sur les réseaux sociaux tournent cette trouvaille en dérision. Une descente aux oubliettes du « bon diable » ? Pas du tout, rétorquent les irréductibles fidèles de Tchiroma qui croient dur comme fer au retour imminent de leur champion au Cameroun, sans que lui-même n’en précise la date et les modalités.

