Dans sa livraison éditoriale du 4 juillet 2026, le colonel Atonfack Guemo fait une radioscopie des relations internationales, plus que jamais à la croisée des chemins dans un monde où la raison du plus fort l’emporte sur le droit, au gré des intérêts qui douchent littéralement les dernières illusions d’amitié. Fidèle à son élan clinique et catharsique, le chef de la Communication au ministère de la Défense du Cameroun a titillé l’orgueuil des États « faibles » mais souverains, avant de mettre en exergue les modestes pas de son pays sur le chemin inexorable d’une autonomie sécuritaire assumée. Lisons.
CAMEROUN : AUTONOMIE DE PENSÉE, AUTONOMIE SÉCURITAIRE ET SOUVERAINETÉ STRATÉGIQUE EN MARCHE
Le monde change. Notre monde change, de manière parfois inattendue, souvent brutale, irrémédiablement chaotique. Jadis régulateurs des pressions et des tensions, les fondements des relations internationales sont bousculés, fragilisés, ignorés. Les alliances d’ordinaire réputées inébranlables sont désormais volatiles, évanescentes, ballottées çà et là, au gré d’intérêts particuliers. Les domaines de l’amitié sont devenus des champs de compétition, des occasions de domination. La solidarité se monnaie, ne se manifeste qu’avec des arrière-pensées mercantilistes, et même la simple compréhension ne s’obtient qu’au prix d’importantes contreparties.
Quand bien même cet état de choses connaît une nette accélération, il est loin d’être nouveau. Un grand homme d’Etat avait déjà révélé l’esprit en disant, je cite : “les Etats n’ont pas d’amis, seulement des intérêts”. Fin de citation. La récente bataille contre la pandémie du COVID-19 l’aura encore démontré. Les cache-nez avaient acquis une valeur stratégique, étaient devenus extrêmement coûteux à l’achat et difficiles à trouver. La demande était telle que des cargaisons destinées à des amis étaient effrontément et ostensiblement détournées par d’autres amis. Du fameux tous pour un, un pour tous, l’on est passé au chacun pour soi et Dieu pour tous.
Il s’agit d’une inclination nouvelle à l’égoïsme confiné à un opportunisme de tragédie lorsque des Etats dans le besoin se voient contrariés dans leur recherche des éléments de solutions aux problématiques, notamment économiques, sanitaires ou sécuritaires auxquelles ils sont confrontés. Dans le domaine de la sécurité justement, il est constant que des gouvernements légitimes soucieux de s’acquitter de leurs responsabilités, se voient imposer des restrictions, voire des interdictions d’achat d’armements. Tout le contraire des groupes séditieux qui en sont inondés dans le même temps.
La situation de dépendance unilatérale semble ne présenter aucune perspective de renversement, à moins d’une prise de conscience lucide, sous-tendue par une inflexible volonté d’autonomisation. Avec la tendance à la multiplication des situations de crise, les unes survenant naturellement, les autres délibérément provoquées par des cercles de prédation, il devient capital d’être en mesure de se prémunir des manœuvres dolosives de certains partenaires et fournisseurs.
La confection locale de certains équipements individuels, la construction envisagée de véhicules de combat, une manufacture de munitions de petit calibre, l’installation d’écoles de formation et de centres d’instruction de haut niveau, sont autant d’initiatives qui participent de la volonté de notre pays le Cameroun, de réduire la dépendance vis-à-vis de l’étranger. Cet état de choses n’est pas non plus nouveau. Bien au contraire. L’actuel ardent désir d’émancipation prend racine dans notre personnalité, autant que dans ce qu’il convient d’appeler la mémoire des crises qui jalonnent notre parcours, bien avant l’accession à la souveraineté internationale, et jusqu’à ce jour.
Cyrille Serge Atonfack Guemo

