Akéré Muna tente de réveiller Cavaye et Niat
Face aux répercussions négatives de l’affaire Glencore sur l’image du Cameroun et le mutisme du Parlement, l’ancien bâtonnier saisit les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat nouvellement reconduits, dans une lettre ouverte, pour implorer des mesures décisives contre la corruption. Extrait.
Les sous-titres sont de la rédaction
«C’est malheureusement le cœur lourd que je vous écris aujourd’hui pour vous faire part de mes vives inquiétudes face au cancer insidieux de la corruption qui ravage notre société et avili notre démocratie. C’est un fléau qui menace notre avenir et requière notre attention immédiate. L’absence d’intégrité dans notre gouvernance est l’un des symptômes de ce malaise, car des individus exercent effrontément le pouvoir qu’ils détiennent pour leur profit personnel, hélas souvent au détriment de l’intérêt général. Vous êtes sans doute au courant de la récente série de scandales impliquant des fonctionnaires de haut niveau qui ont terni notre réputation nationale et érodé la confiance du public dans le gouvernement.
Le détournement de fonds publics et l’abus de pouvoir sont devenus monnaie courante, au détriment de notre bien-être collectif. Ces dernières années, notre nation a été secouée par une litanie de scandales de corruption, allant du détournement des fonds alloués aux projets de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), à la mauvaise gestion des fonds d’aide COVID-19 (confirmée par la Cour des comptes de la Cour suprême), en passant par le racket éhonté entourant les lignes 94 du budget national, qui a entraîné une hémorragie sans précédent des fonds publics. L’opacité qui entoure l’exécution des principaux projets de construction des infrastructures routières ne fait qu’aggraver notre inquiétude et notre désespoir. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester complaisants face à cette menace.
7 milliards F CFA de pots-de-vin pour la Snh et la Sonora
Appel à l’action
Dans un article publié dans le quotidien « Le Jour » numéro 3883 du mercredi 22 mars 2003, Marie Roger Biloa, d’origine camerounaise, journaliste et éditrice de renommée mondiale, écrit : « Nous voici au crépuscule d’un épisode de quarante ans qui, comme la vie, a eu un début et aura une fin. Je parle d’une période qui s’est assombrie au fur et à mesure que les boussoles qui gouvernent notre nation se sont progressivement déréglées, l’une après l’autre. Au fil des années, la perversité a pris la place de la droiture, le vice s’est transformé en vertu, et l’espoir a fait place au désespoir » Qui peut être fier d’être un élu ou un citoyen d’un pays décrit en ces termes ? En conclusion, je vous implore de prendre des mesures décisives contre la corruption. Le destin de notre nation est en jeu. Travaillons ensemble pour créer une société exempte de corruption à laquelle nos citoyens seront fiers d’appartenir. Nous devons agir tant que nous le pouvons et, pour reprendre les termes d’Amanda Gorman : « Il y a toujous de la lumière. Si seulement nous sommes assez courageux pour la voir. Si seulement nous sommes assez courageux pour l’être.»
Akere T. Muna (of Lincoln’s Inn London) Barrister-at-Law Consultant juridique international Gouvernance et lutte contre la corruption.

